Carole avait un caractère à la con, mais une sacré paire de seins. Pas très gros, haut perchés, les bouts sombres comme de petits raisins de Corinthe, bronzés et ronds, juste à la taille des paumes de Fred.Déjà 2 ans que Fred était copain avec les seins de Carole, 2 ans de dévotion pure , 2 ans d'éblouissement permanent. Et Carole le savait bien. Ce qui lui permettait d'avoir un caractère à la con et de tenir Fred par le bout des yeux, juste en dégrafant son soutien-gorge.
Avant Carole, Fred avait consommé des filles, parfois avec conviction, parfois avec abnégation, parfois avec cynisme, parfois avec romantisme. Mais au final, il s'était retrouvé seul. Non pas qu'il soit plus difficile à contenter que la moyenne des autres hommes. Mais la plupart des filles qui miroitaient dans le soleil comme des éclats de cristal s'avéraient être, à la longue , de minables petits bouts de verre dépoli.
Carole était une météorite. Non seulement elle brillait comme une boule à facettes quand il l'avait rencontrée, mais elle était restée lumineuse entre ses doigts au fil des jours, et pas d'un éclat clinquant et faux de pacotille, non, un éclat subtil qui le laissait positivement scotché tel un papillon de nuit au vol désordonné se cognant à une lampe allumée.
Et Fred n'y comprenait rien. Car Dieu sait que Carole le faisait chier!
Elle semait ses pompes partout mais pouvait lui balancer son jean par la fenêtre s'il jamais il l'oubliait sur le rebord de la baignoire. Elle ne préparait jamais à manger mais pouvait se mettre à cuisiner des plats improbables, genre blanquette ou ragoût, en quantité suffisante pour nourrir une famille nombreuse, si bien qu'au bout de 4 jours du même menu , elle jetait rageusement les restes à la poubelle lui promettant de ne plus jamais rien faire pour lui. Elle refusait de faire l'amour ou quoique soit d'autre quand elle était plongée dans un bouquin. Elle conduisait la voiture comme dans un film de course-poursuite. Elle n'ouvrait pas le courrier. Elle voulait toujours avoir le dernier mot en tout. Elle avait un paquet de défauts insupportables quoi!
Et pourtant, Fred n'avait peur que d'une seule chose: que cette foutue fille le quitte un jour. Tout simplement parce qu'il se sentait à sa place avec elle et il n'avait rien de plus à expliquer.
Elle chantonnait souvent et savait rire même à ses dépens. Elle ne se souciait pas à outrance de sa coiffure ou de ses fringues s'il se mettait à pleuvoir. Elle pouvait parler de politique, actualités, littérature, musique sans aligner des banalités. Elle ne le contredisait jamais en public. Elle pouvait porter des robes ultra-courtes et ressembler à une princesse. Elle savait placer son coeur sous le sien dans les instants de souffle court. Et putain, quand elle lui souriait, il avait la sensation d'être une sorte de géant gonflé à l'hélium.
Comment une fille faisait-elle ça?
Fred jonglait avec ces considérations, avachi dans le canapé, la tête comme dans un bol de brume, un peu parce qu'il était amoureux, un peu parce qu'il avait picolé la veille.
Il devait être midi ou plus, il ne savait pas bien. L'appart était bien rangé mais il y avait des traces de verre ou de tasse sur la table basse et il se dit que Carole n'allait pas aimer ça.
La fenêtre du salon se donnait un style avec sa crémone ouvragée et sa rambarde de dentelle, et laissait passer une lumière à la fois douce et criarde. Fred trouvait que ses idées étaient bizarres ce matin, à moins que ce ne soient ces yeux qui voyaient bizarrement.
Près d'un fauteuil, une chaussure féminine gisait sur le côté, seule, et le talon noir et pointu de l'escarpin lui fit aussitôt penser à la pointe des seins de Carole.





