mardi 14 juillet 2009

Carole vs. Fred

Carole avait un caractère à la con, mais une sacré paire de seins. Pas très gros, haut perchés, les bouts sombres comme de petits raisins de Corinthe, bronzés et ronds, juste à la taille des paumes de Fred.
Déjà 2 ans que Fred était copain avec les seins de Carole, 2 ans de dévotion pure , 2 ans d'éblouissement permanent. Et Carole le savait bien. Ce qui lui permettait d'avoir un caractère à la con et de tenir Fred par le bout des yeux, juste en dégrafant son soutien-gorge.

Avant Carole, Fred avait consommé des filles, parfois avec conviction, parfois avec abnégation, parfois avec cynisme, parfois avec romantisme. Mais au final, il s'était retrouvé seul. Non pas qu'il soit plus difficile à contenter que la moyenne des autres hommes. Mais la plupart des filles qui miroitaient dans le soleil comme des éclats de cristal s'avéraient être, à la longue , de minables petits bouts de verre dépoli.
Carole était une météorite. Non seulement elle brillait comme une boule à facettes quand il l'avait rencontrée, mais elle était restée lumineuse entre ses doigts au fil des jours, et pas d'un éclat clinquant et faux de pacotille, non, un éclat subtil qui le laissait positivement scotché tel un papillon de nuit au vol désordonné se cognant à une lampe allumée.

Et Fred n'y comprenait rien. Car Dieu sait que Carole le faisait chier!
Elle semait ses pompes partout mais pouvait lui balancer son jean par la fenêtre s'il jamais il l'oubliait sur le rebord de la baignoire. Elle ne préparait jamais à manger mais pouvait se mettre à cuisiner des plats improbables, genre blanquette ou ragoût, en quantité suffisante pour nourrir une famille nombreuse, si bien qu'au bout de 4 jours du même menu , elle jetait rageusement les restes à la poubelle lui promettant de ne plus jamais rien faire pour lui. Elle refusait de faire l'amour ou quoique soit d'autre quand elle était plongée dans un bouquin. Elle conduisait la voiture comme dans un film de course-poursuite. Elle n'ouvrait pas le courrier. Elle voulait toujours avoir le dernier mot en tout. Elle avait un paquet de défauts insupportables quoi!

Et pourtant, Fred n'avait peur que d'une seule chose: que cette foutue fille le quitte un jour. Tout simplement parce qu'il se sentait à sa place avec elle et il n'avait rien de plus à expliquer.
Elle chantonnait souvent et savait rire même à ses dépens. Elle ne se souciait pas à outrance de sa coiffure ou de ses fringues s'il se mettait à pleuvoir. Elle pouvait parler de politique, actualités, littérature, musique sans aligner des banalités. Elle ne le contredisait jamais en public. Elle pouvait porter des robes ultra-courtes et ressembler à une princesse. Elle savait placer son coeur sous le sien dans les instants de souffle court. Et putain, quand elle lui souriait, il avait la sensation d'être une sorte de géant gonflé à l'hélium.

Comment une fille faisait-elle ça?

Fred jonglait avec ces considérations, avachi dans le canapé, la tête comme dans un bol de brume, un peu parce qu'il était amoureux, un peu parce qu'il avait picolé la veille.
Il devait être midi ou plus, il ne savait pas bien. L'appart était bien rangé mais il y avait des traces de verre ou de tasse sur la table basse et il se dit que Carole n'allait pas aimer ça.
La fenêtre du salon se donnait un style avec sa crémone ouvragée et sa rambarde de dentelle, et laissait passer une lumière à la fois douce et criarde. Fred trouvait que ses idées étaient bizarres ce matin, à moins que ce ne soient ces yeux qui voyaient bizarrement.
Près d'un fauteuil, une chaussure féminine gisait sur le côté, seule, et le talon noir et pointu de l'escarpin lui fit aussitôt penser à la pointe des seins de Carole.

A suivre...

samedi 11 juillet 2009

Sous l'arbre de cristal vert


La vieille dame ferme les yeux pour avoir la paix. On croit qu'elle s'est assoupie et même elle parfois ne sait plus très bien s'il elle dort ou pas. Le temps est devenu élastique au fil des années, soluble, si volatile et si pesant à la fois. Difficile à définir en fait. Son temps est fait de micro-coupures qui alternent entre sommeils éphémères et rêveries embrouillées.

Enfin pour le moment, elle ferme les yeux et écoute.


On l'a installée sous un arbre, dans un fauteuil en osier garni d'un coussin en mousse censé apporté un peu de confort. Sa fille a tenu à lui mettre un chapeau sur la tête alors qu'elle est à l'ombre et elle ne préfère pas imaginer l'allure idiote de champignon qu'elle doit avoir . Lui reviennent ses propres mots, répétés, rabâchés, serinés à sa fille les jours de chaleur "mets ton chapeau, tu vas attraper une insolation"…On veut protéger et on appelle ça aimer, ou on protège parce qu'on aime. Sa fille la protège désormais, du soleil, du vent, du froid, de la fatigue, de tout, sauf de son ennui, de ses angoisses, de sa solitude, de son incroyable sentiment de vide. Mais a t-elle fait mieux?


Sous ses paupières, la vieille dame voit des zébrures rouges. Elle voudrait ouvrir les yeux mais elle préfère ne pas revenir au monde des vivants encore. Rester lèvres closes et respiration lente, les mains à plat sur sa robe. Elle aimerait dompter ses souvenirs et replonger volontairement dans des instants particuliers de sa vie, les revivre en pensées ou y réfléchir. Mais sa mémoire ressemble à une armoire mal rangée désormais. Quand elle en ouvre les portes, c'est un désordre indescriptible sur toutes les étagères et des bribes de vie lui sautent au visage, sans logique, souvent tronquées, toujours floues.


Elle se souvient par exemple d'une robe qu'elle avait beaucoup portée, d'un beau bleu lavande, assez courte, avec des boutons nacrés sur le devant ; elle se souvient avoir eu peur de la chiffonner la fois où son mari s'était couché sur elle, les mains fiévreuses, juste avant de partir à une cérémonie ou une sortie quelconque; elle se souvient avoir tourbillonné devant la glace après l'avoir enfilée; elle se souvient l'avoir éclaboussée en lavant les mains de sa fille; elle se souvient…si peu…si mal…


Elle entend la voix de sa fille, vieille dame en devenir, qui teint ses cheveux, met de la crème sur les tâches brunes de ses mains et fait du sport pour ne se laisser trahir par son corps. Sa fille ne veut pas devenir comme elle, elle le sait bien, elle la comprend. Non pas qu'elle soit si ravagée par les ans, non, elle a encore une certaine tenue, une allure assez digne, une conversation presque toujours adaptée. Mais elle a lâché prise, elle flotte dans ses journées et dans ses nuits, traverse l'existence en grappillant ça-et-là des informations à la télévision, des échanges avec sa famille ou ses voisins, des nouvelles de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants inconnus, des poussières qui glissent comme du sable dans sa mémoire-passoire.

Mais elle ne trouve pas ça très grave, ça lui suffit.


La vieille dame ferme les yeux pour avoir la paix.

Elle a 94 ans.

Des rires d' enfant fusent dans l'air et lui semblent pleuvoir sur elle, comme si les feuilles de l'arbre qui l'abrite teintaient en douceur. L'image d'un arbre cristallin apparaît derrière ses paupières closes.

Elle est bien.



mercredi 8 juillet 2009

Tu veux m'épouser Chaperon Rouge?


"Le Petit Chaperon rouge a été mon premier amour. Je sens que si j'avais pu l'épouser, j'aurais connu le parfait bonheur"



Bruno Bettelheim cite cette phrase de Charles Dickens dans son livre "Psychanalyse des contes de fées" et me voilà aussitôt à gamberger sur cette affirmation empreinte de nostalgie et de regret, comme le sont la plupart de nos phrases commençant par "si".

Et si, justement, Dickens avait épousé le Petit Chaperon rouge?...

- Chaperounette...t'es là?
- Dans la cuisine mon Charly.
- Hey, bonjour ma belle, tu nous prépares quoi?
- Une galette au beurre.
-...Encore une galette...
- T'aimes pas?
- J'aime plus, nuance! Tu n'as pas ouvert le livre de recettes que je t'ai offert pour célébrer la 7e année de notre rencontre?
- Si je l'ai ouvert, mais tout est si compliqué! Et puis cette galette n'est pas pour toi, elle est pour Granny!
- Merde, me dis pas que nous sommes encore invités par ta grand-mère???
- Charlychou... elle est vieille, seule dans sa maison à l'orée de la forêt, une petite visite lui fait tellement plaisir... et elle affectionne tant mes galettes!
- Tu parles, elle en file toujours la moitié au loup galeux qui lui sert de chien là!
- Oh Charles! Grand-Loup n'est pas galeux du tout! Et puis il est si doux et affectueux!
- Mouais...il avait bouffé Granny quand même, tu l'oublies un peu vite ça!
- Quel rancunier tu fais!! C'est de l'histoire ancienne tout ça! Il est doux comme un agneau...hihihi...ça c'est drôle non? Un loup doux comme un agneau....
- C'est hilarant oui! M'en méfie de ce grand con moi! Bon, je vais prendre ma caisse à outils. Je sens que ta grand-mère va encore me demander de bricoler sa serrure à la noix. Tu peux pas lui dire que les chevillettes et les bobinettes ne se font plus?
- Charly...cesse de faire ton grincheux! C'est pas à son âge qu'on va l'emmener chez Leroy-Merlin choisir une nouvelle porte quand même! Et puis ça fait le charme de sa maisonnette.
- Et c'est Charly qui doit trouver des pièces introuvables ... quelle famille je te jure!
- Bon, on part, prends le panier s'il te plaît.
-...Hey...c'est nouveau cette petite cape en soie...c'est joli...vraiment joli...
- C'est du satin pas de la soie, tu aimes?
- Beaucoup...t'es super mignonne...ça me donne envie de....
- Stop Charly! On est en retard déjà! T'es vraiment un grand fou toi!
- C'est ce rouge...ça m'énerve...ça fait ressortir la blancheur de ta peau...j'adore!
- Sois sérieux un peu, on passe par la forêt ou par le périphérique sud?
- Par la forêt pardi!...Dis, tu crois qu'on aura le temps de s'arrêter dans la clairière du Bois-Rond, j'ai bien envie de regarder sous ta petite cape rouge moi, délacer ce petit ruban de satin, soulever ta petite robe carmin ...
- Charly!! Maman me déconseillait la forêt autrefois tu sais...rapport aux mauvaises rencontres que l'on risque d'y faire. Je me demande si j'ai plus à craindre du loup que de toi?...
- Je serais doux , très doux...comme un loup quoi!
Il n'avait sans doute pas tort le Charles! Rien de tel que d'épouser un Chaperon Rouge pour filer le parfait bonheur!




dimanche 5 juillet 2009

Raisons d'état


Etat d'esprit
- Pfff...tu dois avoir chaud dans ton état...
Je prends une minute pour répondre à cette question qui n'en est pas une en fait, cette sentence à l'emporte-pièce qui m'envoie valdinguer dans un univers parallèle lié à mon pseudo-état particulier.
La fille qui a un avis si pointu sur la question doit peser plus de 2O kilos de plus que moi, porte un jean et une tunique en coton et a des petites gouttes de transpiration qui se forment sous la monture de ses lunettes. Je n'ai pas l'impression d'avoir plus chaud qu'elle dans ma robe en lin et contrairement à elle, j'ai relevé mes cheveux .
Mon état donne chaud dans l'imagerie populaire donc. (j'aime l'idée d'être une fille chaude malgré tout, allez savoir pourquoi...)

Etat-lage
Je débarque dans une pause- discussion dans un des services où j'interviens. Une infirmière enceinte (le genre ventre en avant, main sur les reins, savate traînante) raconte en détail à des collègues compatissantes ses nuits au sommeil agité, ses sueurs nocturnes, ses gonflements de jambe, ses vergetures, ses cheveux gras et que sais-encore. J'écoute entre amusement et agacement la litanie de ses plaintes et jérémiades.
Cet état peut anihiler toute réserve et discrétion : me méfier de ne pas tomber dans ce travers.

Etat de nerf
- tu ne grossis pas assez!
- t'es sûre que tout va bien?
- tu as dû te tromper pour la date non?
- t'es folle de mettre ce jean, il est trop serré!
- mais où tu le mets ce bébé?
- tu ferais pas du diabète?
- tu as l'air en pleine forme, c'est bizarre non?
- t'es pas fatiguée?

Etat d'âme
"Tu réalises que ta fille aura 15 ans de différence avec ce bébé?"
Sans blague!! Ce genre d'avis me tue et me donne des envie de meurtre, mais je me retiens car je n'ai pas envie d'accoucher en prison. Parfois je préfère que les gens ne me parlent pas plutôt que dire ce genre de connerie, surtout quand je les aime bien.
Et le silence...le silence partagé...tu connais??...allez, on essaie!

Etat-lonnage
- Tu as pris combien de kilos?
- Je sais pas ...
- Et combien de centimètres de tour de taille?
- Je sais pas non plus...
- Et t'as pris des seins?
- Bof...
Moue agacée de mon interlocutrice. Impression d'être sur le marché aux bestiaux. Sentiment de ne pas être raccord avec le costume.

Etat-civil
Faisons le deuil de conversations un tantinet d'actualité ou intéressantes, puisque le seul sujet digne d'un questionnement est lié à mon état. LA question boomerang étant "c'est une fille ou un garçon? - je ne sais pas- ah bon tu ne veux pas savoir?- non je préfère la surprise" , notre interlocuteur déstabilisé se risque à " et tu as choisi des prénoms?". A ce stade de la conversation, j'hésite entre répondre Adolf pour un garçon, Cruella pour une fille, Rex pour un chien...mais, je suis parfois moins cynique, et je réponds au hasard ( Emilie, Lucas, Quentin, Violette etc...que des prénoms qui amènent des "ah oui c'est mignon" comme réponse).

Etat-gère

Rien n'est rangé mais tout est à sa place pourtant. Parce tout est évident et immuable dans sa nouveauté. Tes doigts courent sur mon ventre pour frapper à la porte de ce petit être qui nous répond à coups de pieds maladroits et saccadés. Nous lui laissons le temps malgré notre envie de le toucher. Nous nous laissons le temps de nous toucher encore et toujours. Et parce que la chance, la sérénité, la félicité semblent nous accompagner, nous savourons les instants passés, présents et à venir, éblouis que nous sommes.

Et si on m'interrogeait vraiment sur mon état, j'aurais envie de dire que je me sens comme une femme-galet...mais qui comprendrait?

jeudi 2 juillet 2009

My rendez-vous with Andy

"Chou, Andy,
Dis-moi oui, Andy
Chou, Andy,
Dis-moi oui, chéri..."

Je chantonne ça dans la file d'attente devant le Grand Palais. Tu souris pour ne pas me dire de me taire et tu regardes nos fameux tickets "coupe-file" qui nous permettent de stationner sous un soleil à la verticale depuis 20 minutes. Je me demande si être très vieille et menacer de se plaindre à la cellule "SOS-canicule" de la mairie de Paris permettrait de rentrer plus rapidement.
Paris quand il fait chaud, c'est juste une fournaise tendance. "Ma Ché-riiiie, il faisait si chaud lors de l'expo Warhol" ( penser à fourguer cette phrase dans un dîner cet hiver).

J'aime bien quand tu fais ton gros niaiseux et que tu me dis à la sortie que tu fais tout pareil qu'Andy sur Photoways.
T'es qu'un menteur!

Le regard d'Andy rend beau. Les visages se déclinent en couleurs acidulées et criardes, les sourires sourient à la file indienne.

Un mur "Jackie Kennedy" me file des frissons tellement je la sens fragile et en apesanteur. Une certaine Debbie Harry ( hey Blondie, je t'ai reconnu!) me défie du regard et ses lèvres rouge- sang appellent le baiser. Marlon Brando est à la limite du tableau, en double exemplaire, presque sépia, sa moto me roule sur le coeur.

La silhouette clownesque de Basquiat semble danser telle une marionnette tenue par des fils. Mao est maquillé comme une fille. Les célébrités qui ont été photographiées par Andy ne m'intéressent guère, mais la gorge soulignée de rouge de Sonia Rykiel est d'une grace infinie.

Hey, Andy! Pas mal ta Factory! Un peu fric-pacotille et Cie... mais ça me chatouille agréablement l'oeil !

Paris quand il fait chaud nous accable d'une moiteur qui fait coller tes mains sur mon dos.

Allez, prends-moi en photo. Je peux t'appeler Andy?


dimanche 28 juin 2009

Le tag pirate des mers du Sud


Un navire étrange croise au large de mes côtes depuis quelques temps, et son capitaine, un pirate aimant la donzelle avec autant de passion que la mer, me tague, rien que ça, sans ambages et sans façon, sur le thème suivant:


"Si Amélie Poulain aime briser la croûte d'une crème brûlée avec la pointe de la petite cuillère, faire des ricochets sur le canal Saint Martin et plonger la main dans un sac de grains, nous avons tous et toutes des petits plaisirs qui n'appartiennent qu'à nous et nous redonnent du baume au coeur.
Quels sont, comme Amélie, les trois petits plaisirs qui vous redonnent le baume au coeur?"

Bon, déjà, j'ai envie de dire que cette Amélie m'agace ( enfin l'actrice qui l'incarne... la reine des yeux ronds et de la bouche entrouverte) et que je n'ai apprécié le film que grâce aux trouvailles visuelles de Jeunet dont l'univers m'enchante depuis Delicatessen.
Ceci dit, (gniark je suis perfide...), voici 3 petits plaisirs absolument égoïstes dont l'insignifiance revêt une importance bienfaisante à mes yeux.

- Ouvrir un pot de Nutella , y plonger un doigt et le sucer sans grâce avec gourmandise ( je précise que le pot est à usage familial)

- Jouer un air au piano et surprendre ma fille le fredonner.

- Croiser des petites filles en robe d'été sur le chemin de l'école et me laisser éblouir par leur grâce naturelle.

Voilà Jack! Tag rempli. Je laisse ceux qui en ont envie s'en saisir et ainsi il voguera où bon lui semblera, pour peu que les tempêtes ne le fassent pas sombrer. (ohé du bateau, un tag-bouteille à la mer!)

mercredi 24 juin 2009

Apparences II - 4/4

Nous nous désintégrons en prenant congé de cette soirée chiante mais pas trop.
La voiture semble briller sous le halo lumineux d'une soucoupe volante invisible et je me dis que j'ai dû un peu trop boire.

Avant de monter, Steph m'embrasse en tenant mes fesses fermement; il doit avoir peur qu'elles ne s'envolent. Il me dit un truc insensé, du style "t'étais bandante ce soir", mais je revois la pétasse qui captait son regard droit sur ses nichons il y a à peine une heure, et du coup, ça me fait moins d'effet. Mais ça me plaît quand même.

Dans le parking je déboutonne son pantalon.
Dans l'ascenseur, il a les mains sous ma blouse légère.
Sur le palier je lèche ses lèvres.
Devant la porte il me mord dans le cou.
La pénombre de l''appartement absorbe tout, comme un trou noir géant, les cris, les soupirs, l'abandon.

...Matin.
Soleil voilé.
Froid aux pieds sur le carrelage.
Je bois un thé en regardant par la fenêtre de la cuisine. Toujours la même pub pour une bagnole , toujours la maison d'en face et ses volets clos, toujours les voitures qui font leur petit circuit, toujours les gens qui savent ce qu'ils doivent faire. Moi je ne sais pas.
Mon reflet dans la vitre n'a pas de réponse non plus, c'est bien la peine d'être là tiens!

Steph est arrivé derrière moi et me tient par les hanches. Il a posé sa tête sur mon épaule, comme un oiseau maladroit.

Et il dit des trucs de folie: "on devrait se pacser non, enfin je sais pas, un truc un peu officiel, tu mettrais ton nom sur la boîte aux lettres, ou on prendrait un autre appart, je saurais où te retrouver le soir, on parlerait aux gens en disant 'nous', on achèterait des meubles ou de la vaisselle, on s'abonnerait à un journal, on ouvrirait un compte ensemble...je sais pas moi...tu comprends quoi?!"

J'ai fermé les yeux sous le déluge. Steph a toutes les réponses à mes questions et ça m'énerve autant que ça me bouleverse. Je me sens dégoulinante de mots et pourtant rien n'a bougé, ni la tasse de thé entre mes doigts, ni ses mains sur mes hanches, ni sa tête sur mon épaule. Et je sens son sexe sur mes fesses.

- On achètera un rocking-chair.
- Quoi? t'es sûre?
- Ouais, c'est indispensable dans une maison un rocking-chair. C'est inconfortable et ça donne la gerbe mais tout le monde veut s'asseoir dedans.
- Banco pour le rocking alors. Ça veut dire oui ta réponse?
- Ça veut rien dire. Ou ça veut tout dire. T'es pas finaud le matin toi!