mercredi 3 février 2010

Ailleurs, autrement.

Je commence à tourner en rond entre les murs, pourtant bien ripolinés de mon blog. Si j'y fais un peu attention, les parois se rapprochent et je me dis qu'il est grand temps de reprendre mon souffle pour ne pas finir par ronronner dans une boite minuscule.

Un ailleurs d'écriture m'appelle; un espace que je ne connais pas encore mais que j'imagine plus silencieux, moins exposé, au rythme maîtrisé et aux codes assouplis. Un ailleurs quoi!

Je vous remercie tous, lecteurs assidus ou occasionnels, souvent bienveillants, d'avoir cheminé avec moi sur la route de Mots d'Elle et d'avoir posé vos regards et vos mots sur les miens.

Vos univers me charment, me bluffent, me bousculent, me bouleversent... Je vous lirai!
Ailleurs, autrement.

Yaëlle

dimanche 31 janvier 2010

1,2...presque 3- partie 3/3


Quand j'ai stoppé la voiture, on est resté un moment sans bouger, comme engourdi, piégé dans la tôle et dans les sièges, un peu comme si on était devenu la bagnole.
Elle a ouvert la portière et d'un coup, la mer a envahi l'espace même si on ne la voyait pas. C'était juste un souffle différent et un rythme lointain de ressac sur le sable.

J'étais totalement explosé, mes yeux me faisaient mal et j'avais la bouche pâteuse à cause du chocolat.

On a franchi des dunes sombres en trébuchant, le pas mal assuré et la démarche vaseuse.
Elle a étalé notre grand duvet et on a simplement retiré nos pompes avant de nous glisser dedans. Ça caillait pas mal selon moi et je n'aurais pas aimé avoir les jambes nues comme elle, mais elle semblait se foutre de ce genre de détail.

J'ai pensé qu'on allait bien se bousiller le dos à dormir sur le sable comme ça, mais dès que je me suis allongé, ça n'a plus eu aucune importance. Elle s'est blottie contre moi, le nez dans mon cou, ses jambes emmêlées dans les miennes. J'ai passé une main sous ses fringues pour toucher ses seins. Sa peau était d'une texture incroyable, entre le velours et le satin: je pense vraiment n'importe quoi quand je suis nase.
J'ai entrouvert les yeux histoire de vérifier une certaine réalité. Une clarté timide commençait à poindre, laissant deviner des nuages encore sombres. Les étoiles faisaient un dernier tour de ciel, avant le jour qui les éteindrait. La mer était toute proche, au bout de nos pieds me semblait-il. J'avais une sensation de chute horizontale, à la fois grisante et désagréable.
J'ai effleuré son ventre en me mordant les lèvres, prêt à recevoir un flash quelconque, un message, un putain de signe. Mais j'ai juste réussi à visualiser ses entrailles rouges et des vaisseaux sanguins vaguement pulsatiles.
Elle m'a dit qu'elle attendait un môme, juste avant de partir, en guidant ma main sous la dentelle de sa culotte et en souriant comme jamais. J'ai vu rosir sa gorge, comme à chaque fois qu'elle est émue ou bouleversée et j'ai failli me mettre à chialer tellement je trouvais ça beau.

Je me demande si c'est normal de ne rien ressentir d'un peu exceptionnel dans ces circonstances. La voilà enceinte et moi presque père. La mer en a vu d'autres. Elle se balance gentiment dans la nuit finissante.

Si cette fille se mettait à cavaler devant moi, je me mettrais à la suivre; un peu pour voir son petit cul bouger, un peu pour ne pas la perdre...


Fin

dimanche 24 janvier 2010

1, 2.. presque 3- partie 2/3


On plonge dans la nuit et la lumière des phares fend la soie sombre qui nous entoure. Le noir se reforme aussitôt dans mon rétroviseur. La voiture me fait l'effet d'un sous-marin étanche perdu dans un flot de tissu moiré.

Je fredonne sans m'en rendre compte "je l'aime à mourir", à croire que Cabrel s'est installé à l'arrière et me souffle les paroles.


Elle se moque de moi en ouvrant la tablette de chocolat, et l'aluminium crisse sous ses doigts. Elle me fait taire avec un carré assez gros qu'elle enfourne dans ma bouche, coupant le sifflet au romantique et apathique Francis autrefois moustachu. Gloups.

Elle ouvre le sachet du sapin à la vanille qui aussitôt se met à vouloir nous faire croire que les Antilles sont dans la bagnole. Je plisse le nez et guette une réaction de sa part, mais elle l'agite au bout de son index à la recherche d'un endroit où l'accrocher; elle finit par le fixer à l'allume-cigare, qui ne nous sert ni à elle ni à moi. Le truc se met à se balancer doucement en nous plongeant dans une ambiance de dessert du dimanche. Mon chocolat m'écoeure un peu du coup. C'est moi qui vais avoir la nausée, c'est le monde à l'envers. J'entrouvre ma fenêtre et l'air du dehors brasse la vanille.


Mes pensées tournicotent sans que je cherche à les ordonner. Je suis trop fatigué pour faire du classement. Elle chantonne en suçant son carré de chocolat, un truc un peu mielleux, Everything but The girl je crois. Elle fait ça avec application, comme si on était dans un studio d'enregistrement. J'aime bien son sérieux parfois.

Mes pensées s'agitent comme des poissons rouges devant le chat. La voiture ronronne. Je me demande si je suis à la hauteur, si j'ai les épaules pour assumer, si on a suffisamment d'argent, si l'appartement est assez grand, si j'ai les bons mots, si je peux continuer à la baiser...je déconne à plein tube mais c'est pas ma faute, ce sont mes pensées qui batifolent.


Quand je prends la sortie, les pointillés au sol sautillent en une courbe gracieuse que je suis comme sur un rail.


Déjà des maisons et des clochers se découpent dans le ciel, ça sent la fin de la route même s'il reste 4O bornes à faire. Sa main est sur ma nuque, bougeant à peine, chaleur, présence, intention. Ça me fout un coup d'émotion instantané.

Le ciel hésite déjà entre rester d'encre ou s'habiller d'ombres. Au loin, on commence à deviner les dunes herbeuses, les courbes de la lande, les buissons tassés qui résistent aux vents de par ici.


...A suivre

lundi 18 janvier 2010

1,2...presque 3- partie 1/3

Il y a la route à regarder, les lignes blanches pré-découpées qui la délimitent, la glissière de sécurité qui serpente métalliquement et ses cuisses qui me sautent aux yeux quand la lumière des phares vient périscoper dans l'habitacle de la voiture.
3 heures assis comme dans une auto de manège, pratiquement rien à faire à part garder le cap et veiller à ralentir aux péages: autoroute, nuit. Et elle qui s'est affaissée peu à peu sur le siège à côté. J'ai su qu'elle dormait quand elle a cessé de fredonner et que sa tête a dodeliné au moindre écart de la bagnole.

Il est 2 heures du matin et mes joues me font l'effet d'un morceau de papier de verre quand je passe la main dessus. J'ouvre un peu ma fenêtre et un filet de vent inconnu s'insinue dans la voiture, un petit coup d'air d'une région étrangère.
La station-service dégage un halo de clarté rassurante et je souris comme un con, un peu comme si je retrouvais la civilisation, juste parce qu'il y a des spots partout, des couleurs sur les pompes à essence et une boutique pleine de bouffe et de gadgets. Je suis nase.

Elle s'est dépliée comme un mètre de menuisier, elle a tiré un peu sur sa jupe, elle a frissonné et enfilé un pull, elle a lissé ses cheveux vite fait du bout de ses doigts et elle a pris la direction de la baraque lumineuse orange et rouge.
Là-dedans, ça sent le faux café et une odeur chimique difficile à définir, l'essence ou le plastique, enfin un truc assez écoeurant. Du côté de la caisse, il doit y avoir une radio et Cindy Lauper explique à qui veut l'entendre que les filles veulent juste s'amuser; je suis assez tenté de la croire.

Elle se perche sur un tabouret et commence à siroter son café en tenant son gobelet au creux de ses mains jointes, un peu comme s'il s'agissait d'un truc précieux et fragile. Je me pose face à elle et je laisse mes yeux divaguer sur la petite table qui nous sépare: ronds de café et miettes. C'est pas nickel comme endroit, mais elle, elle s'en fout royalement. Elle me regarde en souriant derrière la vapeur de son café brûlant, et ses yeux ne sont rien que pour moi. Je suis encore surpris d'avoir capturé une fille comme elle. Ses jambes nues me font l'effet d'être en pain d'épice, mais en plus soyeux, il me vient une sacrée envie de la toucher.

Un type un peu plus loin se dévisse la tête mine de rien pour la regarder. Je le comprends vu la taille minimaliste de sa jupe; à moins qu'il ne soit fan de ses Converse rouge vif. Je ne sais pas trop.

En me dirigeant vers la caisse j'attrape une tablette de chocolat au lait et un sapin désodorisant pour voiture à la vanille; je me dis un peu trop tard que l'odeur risque de lui donner la gerbe et qu'on va manquer d'eau si on bouffe du chocolat, mais je reprends ma carte bleue sans rien dire. Cindy Lauper est rentrée se coucher et a laissé la place à Francis Cabrel qui aime à mourir. Je me demande une fraction de seconde si je l'aime à mourir et puis j'oublie.

Elle m'attend debout contre la vitre, absorbée par la contemplation des lumières de la station. Je ne vais pas lui dire que je la trouve belle parce que j'entends déjà sa réponse "t'es cinglé ou quoi? t'as vu ma tête, je ressemble à rien là", mais moi je la trouve vraiment bandante avec ses jambes couleur miel, ses baskets rouges, son pull trop long parce que c'est le mien et son sourire rien que pour moi. Je ne sais pas si elle réalise que j'ai de l'or au bout des doigts avec elle.

Dehors, on presse le pas vers la voiture. Tout est noir aux alentours, un peu comme si la station-service était sous un projecteur surpuissant au milieu de nulle part. Jamais vu une nuit aussi noire. Je distingue des arbres immobiles, silhouettes feuillues endormies. Jamais vu une nuit aussi silencieuse.


...A suivre


jeudi 14 janvier 2010

I'll find the way

Une photo superbe et des mots en osmose me suivent depuis quelques jours et m'évoquent une autre image.

Tous les matins, je dépasse en voiture un enfant et son grand-père sur le chemin de l'école. Je les appelle pour moi-même petit Ahmed et Ali parce que leur peau est ambrée comme du miel et que les boucles noires de l'enfant ne laissent aucun doute sur ses origines.
Petit Ahmed doit avoir 5 ou 6 ans, il marche calmement ou sautille, le cartable sur le dos, la main ancrée dans celle de son grand-père.
Ali marche d'un pas régulier, responsable et sérieux vers l'école, menant l'enfant avec sérénité.
Notre rencontre est fugace et chaque matin je guette les deux silhouettes qui ignorent mon existence.
La scène est banale et m'étreint chaque jour par son recommencement tranquille et immuable. Parce que l'enfant avance vers son avenir, que son grand-père ,dont la route a déjà fait de maints détours, l'accompagne de son pas métronome, et dans l'instant, tout ce qui m'attire, ce sont ces deux mains l'une dans l'autre.
La grande main guide et protège, la petite main s'abandonne et se réchauffe.

Je pense à ma grand-mère à qui je n'ai pas assez dit je t'aime. Sa main a souvent tenu la mienne sans que je perçoive le cadeau qu'elle me faisait: me mener sur le ponton de ma vie, me montrer l'horizon en prenant garde où poser les pieds, me dire sans une parole, juste avec la pression de ses doigts sur les miens, que l'amour sera mon meilleur guide et me sauvera de tout.

Que n'ai-je eu le temps de la remercier...de m'avoir si bien aidée à grandir.

Merci Archie...

samedi 9 janvier 2010

A l'orée de tous les possibles

source

A l'orée de cette nouvelle année, l'envie est grande de se retourner et de se laisser aller à la mélancolie et l'impuissance.Tant de larmes versées, tant de rêves brisés, tant de projets avortés, tant de coeurs glacés, tant d'existences meurtries; la vague me submerge et le flot pourrait m'emporter sans que je ne me débatte, presque libérée et apaisée.

Pourquoi poursuivre une route si mal balisée, où je slalome néanmoins par peur et par habitude. Le vide ne m'attire que pour me repousser. Pour tester ma résistance et mon courage. Pour me rappeler qu'il est là.

A l'orée de ta bouche, mes larmes se mêlent à mes mots et disent ma petitesse et mon inutilité, ma honte et mes regrets. Je prononce en silence des mots juste ébauchés, et tes lèvres prennent un goût salé de désespérance.

A l'orée de ma bouche, ton souffle balaye les mots couleur de mer grise, se mêle aux murmures des larmes et disent des phrases lumineuses et chaudes. Ta force et ta sérénité sont des moteurs silencieux qui disent que nous avancerons ensemble et que nous ferons, à la mesure de nos compétences, ce que nous devons faire pour garder la tête droite, le regard sur l'horizon et le coeur un peu rasséréné.
Je t'admire.
Prends ma main...

La félicité personnelle ne sert qu'à donner la force d'entrer dans la lutte du quotidien, pour tous ceux qui n'en trouvent pas le chemin ou se sont égarés.

mardi 29 décembre 2009

Petite chronique futile du fond de l'armoire/2

Ma petite robe noire est la reine des pimbêches. Toujours un peu mystérieuse, toujours un peu distante, sous prétexte de sa couleur sombre qu'elle revendique distinguée. Elle a toujours un air condescendant pour reluquer ses congénères de la penderie, même si elle y reste plus souvent que les autres. Elle s'en moque. Elle sait qu'elle en sortira un jour de fête ou pour une soirée à la fois chic et sobre dont elle raffole.

Car c'est une vraie bêcheuse. Jamais elle ne s'affichera avec des boots un peu avachies, pas plus qu'avec des tongs négligées. Non! Elle, elle a la classe! Elle glisse sur des bas satinés dont elle effleure la bande de dentelle et se juche sur des talons hauts et lanière serpentine ou des escarpins vernis et effilés. Elle en frissonne au fond de l'armoire, se remémorant les sorties raffinées et parfumées où l'on remarque la délicatesse de son galbe sur les fesses et la hardiesse de son décolleté savamment découpé.


Car c'est tout un art d'être une petite robe noire. Il ne s'agit pas d'être trop courte, au risque de tomber dans la vulgarité ordinaire qui dévoile les culottes au moindre mouvement, ni trop longue pour ne pas ressembler à une tenue de gouvernante des années 50.



Ma petite robe noire est à l'abri de ces écueils, fort heureusement. Elle est un brin sophistiquée, un poil snob, un soupçon bourgeoise... mais elle sait bien que c'est elle que des mains avides retroussent sans tralala dans les voitures ou les ascenseurs. Et rien ne lui plaît tant que de jouer les gourgandines qui font semblant de résister.